Une photo banale publiée sur un réseau social peut être détournée pour fabriquer un faux contenu intime. L’image est artificielle, mais les conséquences, elles, sont bien réelles. Les deepfakes sexuels posent une nouvelle question de consentement à l’ère de l’intelligence artificielle.
Qu’est-ce qu’un deepfake sexuel ?
Un deepfake est un contenu visuel ou sonore manipulé ou généré grâce à des techniques algorithmiques afin de donner l’impression qu’une personne a fait, dit ou montré quelque chose qui n’a pas réellement eu lieu.
Dans sa forme sexuelle, cette technologie peut servir à fabriquer une image ou une vidéo intime d’une personne sans son accord. Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème de « fausse information ». Le préjudice touche directement l’intimité, la réputation, la dignité et le contrôle de sa propre image.
En France, la diffusion de ces contenus est sanctionnée
Le Code pénal français vise explicitement les montages et contenus à caractère sexuel réalisés ou générés à partir de l’image ou des paroles d’une personne sans son consentement.
L’article 226-8-1 prévoit notamment que le fait de porter un tel contenu à la connaissance du public ou d’un tiers est puni de deux ans d’emprisonnement et de 60 000 euros d’amende. Lorsque la publication est réalisée au moyen d’un service de communication au public en ligne, les peines peuvent atteindre trois ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.
Le point important est simple : le fait qu’une image soit « fausse » ne rend pas sa diffusion anodine.
Pourquoi ce phénomène mérite une vraie prévention
Les outils génératifs rendent la création de contenus synthétiques de plus en plus accessible. Des travaux de recherche récents soulignent que les réponses centrées uniquement sur la détection du « faux » passent à côté d’une partie du problème : même lorsque tout le monde sait qu’une image est artificielle, la personne représentée peut continuer à subir humiliation, harcèlement ou atteinte à sa réputation.
La prévention numérique doit donc intégrer une notion essentielle : le consentement concerne aussi l’usage de notre image.
Que faire si vous découvrez un contenu ?
Évitez de le repartager, même pour dénoncer la situation : chaque nouvelle diffusion peut amplifier le préjudice. Conservez plutôt des éléments permettant de documenter l’existence du contenu, comme l’adresse de la page, le compte concerné, la date et les éléments de contexte. Utilisez les outils de signalement de la plateforme et, selon la situation, faites-vous accompagner pour engager les démarches adaptées.
Pour l’entourage, un principe est essentiel : croire, soutenir et ne pas culpabiliser. Avoir publié une photo de soi n’autorise personne à la sexualiser ou à la détourner sans consentement.
Le consentement doit aussi devenir numérique
Pendant longtemps, la prévention autour du consentement a principalement concerné les interactions physiques. L’IA oblige désormais à élargir cette réflexion : consentir à publier une photo ne signifie pas consentir à sa transformation, à sa sexualisation ou à sa diffusion dans un autre contexte.
C’est un nouvel enjeu d’éducation au numérique, mais aussi un enjeu très concret de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Sources de référence
- Légifrance, Code pénal, article 226-8-1
- Recherche 2026, AI-generated non-consensual intimate imagery